Alors que 2025 s’achève, les marchés évoluent dans une période de très faible liquidité technique, amplifiant toute surprise. Cette semaine n’est pas celle des grands mouvements, mais celle de la consolidation des tendances apparues en fin d’année, alors que les investisseurs préparent leurs livres pour janvier 2026.
Contexte : les derniers chiffres d’une année de transition
Les données récentes disponibles auprès des institutions officielles dressent le bilan d’une année marquée par la normalisation monétaire et une croissance atone.
- Inflation et croissance dans la zone euro : Les derniers chiffres de l’Eurostat (publiés le 18 décembre 2025) confirment que l’inflation harmonisée (HICP) s’est établie à 2.1% en novembre 2025, atteignant l’objectif de la BCE. La croissance du PIB au T3 2025 a été révisée à la baisse à +0.1% en trimestriel, soulignant la fragilité de l’activité.
- Marché du travail aux États-Unis : Les données du Bureau of Labor Statistics (BLS) pour novembre 2025 (publiées le 6 décembre) ont montré une création d’emplois modérée (+150k) et un taux de chômage stable à 4.0%, soutenant le scénario d’un « atterrissage en douceur ».
- Perspectives de la Réserve Fédérale : Le dernier « Summary of Economic Projections » (SEP) de la Fed (17 décembre 2025) a maintenu la trajectoire de trois baisses de taux pour 2026, mais a révisé légèrement à la hausse les prévisions de chômage à moyen terme.
1. Marchés actions : la pause technique précède le rééquilibrage de janvier
Dans un contexte de volumes négociés extrêmement faibles (traditionnels en cette période), les indices mondiaux (MSCI World) sont susceptibles de manquer de direction.
- Focus sur la liquidité du marché : Le VIX (indice de volatilité) et son équivalent européen, le VSTOXX, sont à des niveaux annuels bas, reflétant un certain complacency. Cependant, la profondeur du marché (mesurée par le carnet d’ordres) est historiquement faible en cette fin d’année, selon les données des plateformes de négociation comme Refinitiv. Un événement mineur peut donc provoquer une amplification technique des mouvements.
- Vision pratique : préparez-vous au « January Effect » 2026. Les études académiques, comme celles du Journal of Financial Economics, documentent historiquement une tendance à une surperformance des petites capitalisations et des titres sous-performants en janvier, après les ventes fiscales de décembre. Cette semaine, les investisseurs institutionnels peuvent commencer à positionner discrètement leurs flux pour anticiper ce phénomène, ce qui pourrait soutenir certains segments du marché de manière imperceptible en surface.
2. Marchés des taux : la courbe attend son prochain catalyseur
Les rendements des obligations d’État ont trouvé un équilibre temporaire après les annonces de décembre.
- Le signal à décrypter : le spread 2s10s US. L’écart entre les Treasuries à 2 ans et 10 ans, publié en temps réel par le U.S. Department of the Treasury, s’est légèrement élargi depuis la réunion de la Fed, passant de -30 à -25 points de base. Un élargissement continu (moins de courbe inversée) serait interprété comme un signal de confiance croissante dans l’évitement d’une récession.
- Risque Technique : Les enchères du Trésor américain. Le U.S. Treasury a programmé des enchères de bons du Trésor à 4 et 8 semaines cette semaine. Dans un marché peu liquide, la demande mesurée par le « bid-to-cover ratio » sera scrutée. Une faible demande pourrait provoquer une pression technique à la hausse sur les rendements à très court terme.
3. Matières premières: les données physiques face au positionnement financier
- Pétrole (Brent, ~$82-85) : Le dernier rapport de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) (13 décembre 2025) a souligné la croissance robuste de la production non-OPEP+ (États-Unis, Brésil, Guyana), compensant les réductions volontaires. Les données sur les stocks de brut américains de l’EIA (publiées le 24 décembre) ont montré un drainage léger mais inattendu. La tension entre une offre abondante et des stocks qui résistent à augmenter maintient les prix dans un range.
- Or (~$2,180-2,220) : Le métal est dans une phase de consolidation. Les flux physiques, suivis par le World Gold Council, montrent des achats soutenus par les banques centrales (notamment celles des marchés émergents) en 2025. Cependant, l’absence de pression inflationniste immédiate limite l’élan spéculatif. Son prix reflète actuellement un équilibre entre demande institutionnelle de long terme et un dollar stable.
4. Paramètre clé à surveiller : les flux des fonds monétaires
La seule donnée haute fréquence réellement significative cette semaine proviendra de l’Investment Company Institute (ICI). Ses données hebdomadaires sur les flux nets des fonds monétaires américains sont un indicateur avancé de l’aversion au risque. Après plusieurs semaines d’entrées massives de capitaux (recherche de sécurité et de rendement sur les instruments à court terme), tout ralentissement ou inversion de ces flux pourrait signaler que les investisseurs se préparent à redevenir offensifs en actions début 2026, et serait un signal positif discret mais tangible pour les marchés de risque.
5. Le thème sous-jacent pour 2026 : la rentabilité des entreprises face au coût du capital
L’indicateur le plus solide pour anticiper 2026 n’est pas un chiffre de cette semaine, mais une tendance validée par les données des banques centrales et des agences statistiques nationales : l’écart (spread) entre le coût du capital (WACC) et le retour sur capital investi (ROIC) se resserre globalement. Les entreprises qui maintiennent un ROIC élevé et stable dans ce contexte (souvent des leaders mondiaux avec des avantages concurrentiels durables) sont celles qui verront leur prime de valorisation se renforcer en 2026. Cette semaine est l’occasion d’identifier ces actifs, loin du bruit médiatique.
Conclusion stratégique : sérénité et préparation
- Ne pas surinterpréter les mouvements de faible volume : la volatilité de cette semaine sera principalement technique et sans signification fondamentale.
- Analyser les flux, pas les prix : surveiller les données de l’ICI sur les fonds monétaires et les carnets d’ordres pour détecter les premiers signaux de repositionnement.
- Consolider et rééquilibrer : profiter de cette période calme pour rééquilibrer les portefeuilles vers les critères qui compteront en 2026 : qualité du bilan, visibilité des cash-flows et avantage concurrentiel durable (ROIC > WACC).
- Anticiper le redémarrage de janvier : Se préparer à une reprise potentielle de la liquidité et de l’activité à partir du 2 janvier 2026, qui pourrait matérialiser les tendances esquissées en fin d’année.
La semaine du 29 décembre 2025 n’est pas un chapitre passionnant, mais c’est la page de garde de l’année 2026. Les investisseurs avisés l’utiliseront pour relire les fondamentaux et positionner silencieusement leur lecture des marchés à venir.
Sources:
- Eurostat (Office statistique de l’Union européenne) : Dernières publications sur l’inflation (HICP) et la croissance du PIB de la zone euro.
- U.S. Bureau of Labor Statistics (BLS) : Rapport sur l’emploi (Employment Situation Report) de novembre 2025.
- Board of Governors of the Federal Reserve System (Fed) : Summary of Economic Projections (SEP) du 17 décembre 2025 et données sur les taux,
- Refinitiv (London Stock Exchange Group) : Données sur la liquidité du marché, la profondeur des carnets d’ordres et les volumes de transaction.
- U.S. Department of the Treasury : Données quotidiennes sur les rendements des Treasuries (y compris le spread 2s10s) et calendrier des enchères.
- International Energy Agency (IEA) : Oil Market Report de décembre 2025.
- U.S. Energy Information Administration (EIA) : Rapport hebdomadaire sur les stocks de pétrole (Weekly Petroleum Status Report).
- World Gold Council : Données trimestrielles sur la demande d’or, y compris les achats des banques centrales.
- Investment Company Institute (ICI) : Données hebdomadaires estimées sur les flux des fonds monétaires et actions.
- Banques Centrales Nationales et Agences Statistiques (ex: INSEE, Destatis, ONS) : Données sur les résultats et marges des entreprises, coûts salariaux, permettant le calcul du ROIC et du WACC par secteur.
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